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Cadrage et recadrage d'une interaction : un concept de PNL

La programmation neuro-linguistique a introduit le concept de “cadrage” (“framing” en Anglais) pour parler d’une façon de percevoir une situation, un objet ou un sujet. Un cadre est un angle de perception du monde.

John Grinder et Richard Bandler, les fondateurs de la PNL, ont théorisé ce concept de cadrage en observant le psychothérapeute Milton Hyland Erickson, lui-même fondateur de l’hypnose ericksonienne. Erickson travaillait sur le fait que les souvenir de ses patients étaient constamment retravaillés par ceux-ci.

EXEMPLE

Lorsque j’avais (Mathieu Bouchaert) 7 ans, mes frères, mon père et moi avons fait une sortie en bateau sur le lac Léman. Je me souviens du petit bateau à moteur que nous avions loué comme étant rouge. Il y a quelques années, j’évoquais ce souvenir avec mon père en parlant du “bateau rouge” et il me corrige immédiatement en me disant qu’il était bleu. Je lui dis m’en souvenir et affirme le revoir dans ma tête (d’autant qu’il fait partie de mes souvenirs les plus anciens) et mon père me rétorque que je me trompe et part chercher une photo pour me le prouver. Il revient avec une photo, me la montre et en effet, le bateau était bien bleu. Et il s’agissait bien du même bateau, le même jour, la même sortie… tout correspond à mon souvenir sauf la couleur de ce bateau. Depuis cette discussion avec mon père je me suis souvent demandé pourquoi est-ce-que mon souvenir était celui d’un bateau rouge, pour quelle étrange raison mon cerveau avait modifié mon souvenir et à quelle occasion? Ai-je un jour fait un rêve qui a modifié cette image présente dans ma tête?

En psychothérapie il est courant de constater des travaux effectués plus ou moins consciemment sur les souvenirs des patients, des ré interprétations faites.

Erickson (et dans sa suite les hypnotiseurs et PNListes) ont voulu exploiter ce phénomène au bénéfice des patients, en particulier dans le cas de traumas.
La PNL en a déduit un modèle d’interprétation et de réinterprétation de nos expériences, passées, présentes ou à venir. Les personnalités les plus fortes et ayant une vision très optimistes de la vie et du monde interprètent tous les événements de manière positive. J’ai eu à plusieurs reprises la chance de travailler avec des personnes qui voient toujours des opportunités dans les situations qu’ils vivent, même quand celles-ci sont périlleuses: un serveur qui plante et c’est “formidable, c’est une super occasion pour nous de recréer ces contenus à partir de ce que nous avons gardé en tête”, du matériel manquant et “c’est parfait, c’est une opportunité pour nous de nous prouver qu’on peut faire sans”, etc.

Un recadrage est une reprise d’un cadre qui a été mis en place précédemment. C’est une ré interprétation d’une situation, c’est “changer de cadre”, c’est-à-dire de façon de percevoir la situation ou de la poser. Un cadre s’exprime par une affirmation simple, une hypothèse qui sous-tend l’interaction. Un cadre est souvent non explicite.

EXEMPLE

Si vous aviez à faire du média training, vous pourriez avoir des mises en situation de ce type: nous sommes en 2004 et vous êtes un homme politique américain opposé à la guerre en Irak. Vous êtes face à une journaliste particulièrement agressive qui a tendance à interrompre les réponse de ses interlocuteurs et à faire pour les piéger. Celle-ci vous pose la question suivante: “Mr…, Soutenez-vous nos soldats américains en Irak?” Evidemment cette question est piégeuse: elle appelle à une réponse en « Oui » ou en « Non » et aucune n’est bonne pour vous, surtout qu’elle pourrait vous interrompre dans votre réponse pour ne garder qu’un début de réponse qui l’arrange… Et dans cette formation en média training on vous apprendra à faire une phrase qui ne peut pas être coupée / séparée en morceaux qu’on pourrait interpréter.

Le cadre que cette habile journaliste essaie de mettre en place avec cette question “soutenez-vous nos soldats américains en Irak?” peut se formuler ainsi: “tout patriote américain devrait soutenir la guerre en Irak.” La seule façon de se sortir de cette situation, en étant à la fois un patriote américain et contre la guerre en Irak, est de recadrer la question.

La campagne présidentielle américaine de 2016 tournait autour de 3, maximum 4 cadres, que chaque camp essayait d’appuyer par des arguments et la répétition de certains idées. Un des cadres les plus importants que Donald Trump a imposé était celui de la nécessité d’un candidat “anti establishment”. C’est un cadre que l’opposant démocrate à Hillary Clinton, Bernie Sanders, a beaucoup renforcé également, avec des affirmations du type : “Secretary Clinton represents the establishment.” Affirmations suivies de critiques de l’establishment et du système en place depuis des années, source des problèmes des Américains. Le seul fait de l’appeler “Secretary Clinton” lui donne une tonalité “establishment.”

Hillary Clinton a essayé de vaincre Bernie Sanders puis Donald Trump dans ce cadre “les Etats Unis d’Amérique ont besoin d’un candidat anti establishment” en répétant qu’elle était une femme! Et qu’en conséquence elle était anti establishment! Une stratégie qui s’est avérée très contre-productive, et en Juillet 2016 elle a finalement décidé de “recadrer” tout ça en affirmant que les Etats-Unis avaient besoin d’une candidate qui avait de l’expérience, qui connaissait ses dossiers… et subitement elle valorisait son expérience de 30 ans en politique, là où son adversaire avait de l’expérience surtout en tant qu’investisseur dans l’immobilier et présentateur télé. Nous avions alors deux cadres qui s’affrontaient: “les Etats-Unis ont besoin d’un candidat anti establishment” contre “les Etats Unis ont besoin d’une candidate qui a de l’expérience en politique.”

Au bureau, vos collaborateurs utilisent quotidiennement des cadres dans leur communication, dont certains qui probablement vous contrarient. Si vous supérieur hiérarchique vous dit: “Nous t’avons accordé que tu puisses faire du télétravail”, alors il est en train de mettre en place un cadre selon lequel c’est un privilège de faire du télétravail et une concession de sa part. Il se cadre lui-même comme un gentil patron.

Simplement, ajouter un “jeune homme” ou “garçon” à la fin d’une phrase peut permettre de cadrer une interaction sur un aspect “j’ai plus d’expérience que toi.”

Soyez attentifs aux sous-entendus, aux hypothèses sous-jacentes, aux “cadres” présents dans vos interactions. Certains se cadrent comme étant de véritables divas, d’indispensables collaborateurs, d’autres cadrent leurs conversations de façon à toujours avoir la main haute…

Vous pouvez trouver des centaines d’exercices sur le cadrage et le recadrage en une simple recherche google. Une personnalité connue et beaucoup analysée pour son épatante capacité à maîtriser les cadres d’une conversation est l’artiste britannique Russell Brand. Maîtrisez les cadres de vos conversations, concentrez-vous dessus et vous maîtriserez mieux vos interactions.

Crédit photo : R Mo