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Pensée positive et objectifs

Notre cerveau ne peut pas penser en termes de négation, il ne peut pas ne pas penser, ne peut pas penser ce qui n’est pas et ne peut pas s’empêcher d’imaginer.

Exemple

Si je vous dis de ne pas penser à la tour Eiffel, vous aurez pensé à la tour Eiffel. Vous l’aurez imaginé. De la même façon, si je vous dis de ne pas penser à votre patron déguisé en clown avec une perruque orange, du maquillage blanc sur le visage et un nez rouge… vous l’aurez imaginé ! Ne pensez pas à un éléphant au milieu de la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Vous avez déjà visualisé l’éléphant.

De la même façon, nos cerveaux associent. Ils font des liens. Ils ne peuvent pas ne pas associer.

Le mot « intelligence » vient même de l’idée de faire des liens entre les objets ou sujets : inter ligere.

Si j’écris qu’il n’y a aucun lien entre terrorisme et Islam, que l’Islam n’a rien à voir avec des pratiques de viols collectifs, de décapitation, de massacres… je vous invite en réalité à faire ces liens. Quand bien même je pourrais toujours le nier ultérieurement : non, je vous avais dit de ne pas faire le lien ! Le Front national n’a aucun rapport avec le nazisme. La France insoumise n’est pas un parti composé de trotskystes violents. Emmanuel Macron n’est pas un banquier d’affaires corrompu… nous pourrions continuer longtemps, à faire des liens tout en utilisant des formulations avec des négations.

Tout ceci nous apprend beaucoup de choses, en premier lieu pour notre communication de tous les jours. Il est peu productif de dire aux individus, qu’ils soient nos enfants, nos amis ou nos collaborateurs, ce qu’ils ne doivent pas faire.

EXEMPLE

Dire à son enfant « ne pose pas ton verre ici » ne lui dit pas où il devrait poser son verre, et il s’imagine probablement le posant là où il ne faut pas pour après se dire qu’il ne devrait pas le poser là. Lui expliquer pourquoi il ne devrait pas poser son verre à un endroit et surtout lui dire où il pourrait le poser à la place est beaucoup plus productif.
De la même façon, dire à son/sa partenaire « ne me trompe pas » est contre-productif ; lui dire « aime moi » est beaucoup plus approprié. Encore que nous pourrions questionner l’intérêt de d’une telle injection (on ne peut réellement exiger de l’amour, comme on ne peut réellement exiger de la confiance) mais c’est un tout autre sujet.
Les « Pick Up Artists » américains (des coachs en séduction qui vendent leur conseil sur comment séduire des femmes) recommandent d’ailleurs d’utiliser des phrases de visualisation qui permettent le déni pour avancer l’interaction dans le sens souhaité.

EXEMPLE

Pour sexualiser l’échange en cours, ils recommandent des phrases du type « arrête de nous imaginer en train de faire l’amour sur le canapé beige là-bas ». Intuitivement tout le monde comprend que c’est une invitation à imaginer la scène et de fait la personne à qui est adressée cette phrase l’imaginera. Mais une telle phrase permet de conserver la possibilité du déni, ce qui contribue à lui donner une touche de légèreté.
Ces principes sont à appliquer dans la façon dont nous nous parlons à nous-mêmes également, et dans la façon dont nous définissons un objectif, qu’il soit personnel ou professionnel.

Des objectifs comme par exemple :
« Je ne veux plus me lever fatigué le matin. »
« Je veux arrêter de fumer des cigarettes. Je tousse trop et ma gorge me fait régulièrement mal. »
Sont en réalité des anti-objectifs. Une bonne façon de reformuler ces objectifs serait de les exprimer ainsi :
« Je veux me réveiller en pleine forme. Pour cela, je dois manger léger et sain au dîner et me coucher 30 minutes plus tôt. »
« Je veux me sentir en bonne santé, avoir une gorge solide qui porte une voix imposante et être capable de courir 20 kms. »

La Programmation Neuro Linguistique définit 6 critères pour une bonne définition d’un objectif :

Au niveau managérial, cette nécessité de formulation positive pour nos cerveaux fait qu’il est plus productif de dire « ce qui pourrait être amélioré » plutôt que ce qui n’est pas bien. Il ne s’agit pas seulement de ménager les egos lorsque l’on parle d’ « axes d’amélioration » mais bien de permettre aux collaborateurs de visualiser ce qu’ils peuvent faire mieux.

Crédit photo : Caitlin Wynne