Appliquer la méthode DESC au quotidien pour des relations harmonieuses

Communication

Réflexion

3 avril 2024

appliquer la méthode DESC au quotidien

Photo prise par @charlesdeluvio

Vous souvenez-vous du dilemme qui s’était présenté pour de nombreux couples à l’occasion de la Saint-Valentin ? Se rendre au restaurant le soir du 14 février ou regarder un match qualificatif de football. Un choix délicat, surtout pour les supporters passionnés confrontés à ce conflit de calendrier. Imaginez-vous la scène : vous devez expliquer à votre partenaire pourquoi ce match est important pour vous, et en même temps respecter les attentes de votre compagne / compagnon pour cette soirée romantique. C'est là que la méthode DESC, développée par Sharon A. Bower et Gordon H. Bower, devient un outil précieux. Cette technique de communication nous guide lorsque nous souhaitons exprimer une opinion à quelqu’un en particulier. Elle s’appuie sur quatre étapes clés - Décrire les faits, Exprimer ses émotions, Spécifier des solutions, et Conclure. En les suivant dans cet ordre-ci, des conflits potentiels pourraient être évités et des dialogues constructifs pourraient émerger. Plus qu’une stratégie pour résoudre des désaccords; c’est une approche de vie pour renforcer les liens avec son entourage, exprimer ses opinions tout en respectant celles des autres. Par son application au quotidien, il serait possible de favoriser des relations plus authentiques et respectueuses, tant dans la sphère personnelle que professionnelle. Dans cet article, nous plongeons au cœur de la méthode DESC pour découvrir de quelle manière l'appliquer efficacement dans ses interactions quotidiennes, permettrait de cultiver des relations harmonieuses avec ceux qui nous entourent.

Que faire avant d’exprimer une opinion de façon constructive ?

Comprendre la définition du DESC

Sharon A. et Gordon H. Bower, deux spécialistes en psychologie et communication interpersonnelle, ont développé l’approche DESC en 1976. Leur travail, axé sur une nouvelle méthode de résolution de problèmes, a été présenté dans leur ouvrage Asserting Yourself. Dans celui-ci, ils y dévoilent pour la première fois la méthode DESC, une stratégie conçue pour que chacun puisse exprimer librement une opinion sur une situation passée (qu’elle soit positive ou négative) dans le but de l’améliorer à l’avenir.

La méthode qu’ils proposent repose sur quatre étapes clés : Décrire les faits, Exprimer ses émotions, Spécifier des solutions et Conclure. Ces quatre points forment l'acronyme DESC. Pour mieux comprendre chacun des aspects, nous allons nous appuyer sur des exemples bien précis :

  1. Vous souhaitez faire le point avec un collègue pour lui faire part de votre agacement au sujet de ses retards répétés.

  2. Vous souhaitez partager à votre N+1 votre ressenti sur l’année écoulée, à l’occasion de votre entretien de fin d’année.

  3. Vous souhaitez gérer un conflit entre deux personnes de votre équipe qui refusent de communiquer ensemble.

  4. Vous souhaitez annoncer à votre compagne que vous tenez à regarder le match PSG - Real Sociedad, le soir de la Saint-Valentin.

Passer outre sa peur du conflit

Tout d’abord, il est essentiel d’affronter sa peur du conflit. Nombreux sont ceux qui hésitent à exprimer leur opinion sur un sujet, parce que son destinataire pourrait se sentir blessé et qu’un conflit pourrait se déclencher. Lorsque nous souhaitons revenir sur une situation passée, il est naturel de craindre de vexer son interlocuteur, de le décevoir, d'être jugé, exclu, ou encore de nous montrer maladroits. C’est même rassurant, car c’est un signe de notre humanité et de notre empathie. Mais ces peurs pourraient nous conduire à repousser l’expression de nos ressentis, à choisir le silence, nous laissant dans des situations insatisfaisantes. En conséquence, les choses pourraient s'envenimer, la frustration grandir en nous et un malaise encore plus profond s’installer, ce qui n'est pas sain, ni pour nous ni pour l’autre.

Une technique pour dépasser cette peur : l’auto-conditionnement ou la visualisation d’une situation que l’on appréhende. Vous imaginez dans votre esprit la discussion à venir : où l’échange se déroulera ? Quand aura-t-il lieu ? Puis, vous visualisez les parties prenantes : vous, votre interlocuteur et peut-être d’autres personnes. Ensuite, vous visualisez le problème, non pas comme faisant partie des individus mais comme une entité à part entière. L’objectif étant de décorréler le problème des individus, de le traiter “spécifiquement” et indépendamment des gens qui y sont liés.

Imaginons que vous effectuez une mission pour laquelle vous n’avez pas la compétence et que celle-ci n’est par ailleurs, pas inscrite sur votre fiche de poste. Votre responsable vous reproche de ne pas bien la mener. Vous aimeriez vous défendre, expliquer de vive voix que votre difficulté est due à la nature nouvelle et inattendue de cette mission, que vous n’êtes pas assez accompagné pour bien la réaliser. Or, étant en période d’essai, vous préférez vous taire, ce qui vous pénalise dans votre travail et dans la perception que votre manager a de vous. Dans cette situation, ne faudrait-il pas sauter le pas et dire les choses ?

Exprimer vos ressentis est crucial pour une communication saine et authentique. L'enjeu, dans une discussion, n'est pas de vous dévoiler sans retenue ni de critiquer l'autre, mais de réfléchir à votre message, de le formuler avec tact et de suggérer des solutions constructives et bénéfiques pour chacun. C'est en cela que la méthode DESC peut aider. Celle-ci permet de transformer ses peurs en atouts de communication. Le partage de son opinion, lorsqu’il est authentique, sincère, énoncé avec les bons mots, et réalisé en suivant les 4 étapes du modèle DESC, ne déclenchera, en principe, aucun conflit. Au contraire, il ouvrira la porte à un dialogue constructif et dans certains cas, vous permettra de renforcer vos liens avec votre interlocuteur.

Préparer ses arguments pour les adapter à son interlocuteur

Si vous souhaitez revenir sur un fait passé, il est essentiel de clarifier votre objectif, votre intention vis-à-vis de votre interlocuteur. Que cherchez-vous à accomplir en exprimant votre ressenti ? Souhaitez-vous provoquer une prise de conscience chez l’autre, l'inciter à adopter un nouveau comportement, ou obtenir son accord sur une proposition à laquelle vous avez réfléchi ? Identifiez ce que vous attendez réellement de cet échange vous guidera dans la préparation de votre dialogue.

Essayez ensuite d’anticiper les potentielles réactions de votre interlocuteur (la surprise, la colère, l’inquiétude…) et en fonction de cela, préparez-vous à réagir de façon adaptée face à ses éventuelles inquiétudes. Vos arguments, ainsi que la manière de les présenter, seront ainsi spécifiquement adaptés à sa personne. Envisagez enfin les solutions que vous pourriez lui soumettre ou les compromis que vous seriez prêt à faire, démontrant votre volonté de dialoguer de manière constructive avec lui, de trouver des solutions qui soient bénéfiques pour vous deux.

Identifier le bon moment et le bon lieu pour une communication bienveillante

L'art de communiquer efficacement réside aussi dans la capacité à identifier le bon moment pour partager son ressenti. Le “bon moment” ne se définit pas seulement par la planification d’une heure et d’une date précise, mais par un contexte global qui regroupe les conditions propices à une écoute attentive et une compréhension mutuelle. Un environnement neutre, calme et privé, loin des distractions et du stress du quotidien sera conseillé. Évitez ainsi les lieux publics bruyants (ex : les transports en communs, etc.), les situations où des personnes extérieures pourraient vous entendre ou vous interrompre (ex : les open spaces, les dîners en famille), ainsi que les moments de forte émotion ou de stress intense (ex : le jour d’un rendez-vous client important), car vos réactions et celles de votre interlocuteur, pourraient être impulsives et moins réfléchies. Choisissez plutôt un instant où vous êtes tous les deux détendus et disposés à l'écoute, comme lors d’une promenade, d’une pause-café, d’un déjeuner à l’extérieur, à la suite d’une journée de travail. En optant pour le bon moment et le bon lieu, vous créerez un cadre propice à l'ouverture et à l'échange constructif, éléments essentiels pour une communication fructueuse et respectueuse selon la méthode DESC.

Quelles sont les étapes de la méthode DESC ?

Description des faits

Lorsque nous avons quelque chose sur le coeur, nous pouvons parfois vouloir “nous en débarrasser” au plus vite ou tout simplement vouloir aller droit au but. Nous commençons alors le dialogue par une confidence, une étape certes important, mais pouvant arriver un peu tôt. La meilleure manière de démarrer un échange, serait en fait de faire preuve de patience sur le partage de nos sentiments et de démarrer avec une description objective des faits. Pourquoi débuter ainsi ?

Premièrement, parce qu’en revenant sur des faits, nous posons les limites de la “négociation”, nous gardons une forme de contrôle sur l’échange et nous assurons de ne pas perdre pied dans le cas où la personne en face de nous, tenterait de lier différents sujets entre eux. Si nous débutons par “Je constate que tu n’as pas atteint tes objectifs” et que notre interlocuteur nous répond par “oui, mais personne ne les atteint”, nous pourrions très vite rebondir en expliquant que le but de l’échange n’est pas de voir si elle est meilleure ou moins performante que les autres, mais de faire le point sur l’atteinte de ses objectifs.

Deuxièmement, le partage des faits a pour avantage d’ancrer la discussion sur des éléments rationnels, de présenter les événements tels qu'ils se sont produits, et ce, avec la plus grande précision possible. Quel était le jour, l’heure à laquelle s’est produit l’événement ? Quels ont été les mots prononcés ? Quelles étaient les personnes impliquées ? Lorsque vous citez des faits, vous vous appuyez sur des éléments vérifiables et indiscutables tels que des événements historiques, des données contractuelles, des mails envoyés, des textes de loi, des vidéos, ou des propos d'autorités reconnues par exemple. En partageant des faits irréfutables, vous créez un cadre d’entente et établissez, en principe, une base solide pour la discussion.

Troisièmement, il permet d’éviter d’être pris au dépourvu par un manque de précision. Si vous démarrez l’échange par “Tu arrives tout le temps en retard”, votre interlocuteur pourrait à juste titre infirmer vos propos avec “ce n’est pas vrai, j’étais à l’heure hier”. Alors que si vous démarrez en citant les faits de façon très précise, vous limitez le risque de remarques : “vendredi dernier, avant-hier et cet après-midi tu étais en retard aux meetings client.”

Toutefois, si vous interlocuteur nie les faits, malgré les preuves tangibles que vous lui partagez, vous pourriez convier une tierce personne, témoin des faits présentés, qui validera et appuiera vos propos. Essayez de choisir une personne, influente aux yeux de votre interlocuteur. Et si la personne en face de vous nie toujours les faits, c’est qu’elle a besoin de passer à son rythme le stade du déni et qu’il lui faudra encore un peu de temps pour voir la réalité. Soyez donc patient et revenez vers elle quand elle aura retrouvé ses esprits.

En plus de s’en tenir aux faits, il est essentiel que durant cette étape, vous restiez neutre. Concrètement, il s’agit d’éviter toute forme de jugement ou d'interprétation personnelle, comme l'utilisation de modalisateurs (“aimer”, “détester”, “malheureusement”, etc.) ou de tournures impersonnelles (”il paraît que”, “on m’a dit que”) ou enfin des termes laissant apparaître un jugement de valeur (”tes faiblesses”, “c’est moyen”, etc.).

Exemples d'application :

  1. Un collègue en retard : Au lieu de dire “Cela m’agace, tu es souvent en retard”, retirez la partie concernant votre ressenti, spécifiez les faits et précisez ce que vous entendez par l’adverbe “souvent”. Ce collègue a-t-il été en retard de 10, 30 minutes, plus d’une heure ? Quand cela s’est-il produit ? Quelle était la fréquence de ses retards ? Vous pourriez finalement opter pour : “Vendredi dernier, ce lundi et mardi, tu es arrivé entre 20 à 30 minutes en retard à nos réunions d’équipe planifiées depuis un mois et pour lesquels tu avais répondu présent aux invitations.” Cette phrase-ci est factuelle, ne peut être réfutée, pas même ce collègue en retard !

  2. Un bilan sur ses missions de l'année : Remplacez une expression subjective par une description factuelle, comme “Cette année, j'ai animé quatre sessions de formation sur notre outil pour les nouveaux arrivants. Pour chaque séance, j'ai préparé et envoyé des invitations et formulaires deux semaines à l'avance”.

  3. Un conflit entre deux collègues : La situation est délicate, privilégiez alors une description objective : “Emilie, Paul et Thibaut m’ont fait remonter le point que Georges et toi ne vous parliez plus à la suite de votre réunion d’équipe du 15 mars”. Ici, vous ne dites pas ce que vous pensez de leur absence de communication, vous présentez simplement les faits.

  4. Un souhait de regarder un match le soir de la Saint-Valentin : Décrivez simplement l'événement : "Le 14 février à 21h, le match PSG vs RSO se jouera dans le cadre de la Ligue des Champions. C'est un match qualificatif pour les quarts de finale."

Expression de ses émotions

Après avoir établi une base commune avec la description des faits, la deuxième étape du DESC est l’expression sincère de vos émotions. Tout l’enjeu est de les partager à son interlocuteur sans pour autant le faire culpabiliser. L'objectif n'est pas de déverser toutes ses émotions, mais de communiquer plutôt celles qui sont pertinentes, de sorte à montrer que vous et lui, vivez la même situation (”nous sommes dans le même bateau”), qu’il comprenne votre attitude et ose vous partager à son tour ses émotions. À vous de sélectionner ce qui vous semble opportun de partager et ce qui ne l’est pas, d’insister sur vos points communs et de l’encourager au dialogue. Quelles sont les informations que vous faites passer dans votre “zone publique” et quelles sont celles que vous conservez dans votre “zone privée”, pour faire référence à la fenêtre de Johari ? Une autre théorie qui invite à s’interroger sur ce que l’on partage ou non de soi aux autres, ce que l’on pourrait communiquer, ce que nous savons ou non et ce que nous pourrions faire pour recueillir des informations nous concernant.

Lorsque vous exprimez vos sentiments, évitez de donner l'impression d'accuser ou de juger l'autre, ou encore de montrer que vous avez raison. Utilisez plutôt des phrases commençant par “je”, qui expriment vos sentiments personnels, plutôt que “tu” ou “vous”, qui peuvent résonner comme des reproches. Par exemple, au lieu de dire “tu m’énerves”, optez pour “je me sens frustré(e) quand cette situation se produit”. Après avoir partagé vos sentiments, invitez votre interlocuteur à exprimer les siens, en l’interrogeant “Et toi, comment te sens-tu face à cela ?”, “Comment as-tu vécu cette situation ?” Vous montrez ainsi à l’autre que ce qu’il ressent vous intéresse. Bien sûr, il faut que votre intérêt envers lui soit sincère et que lorsqu’il vous partage son point de vue, vous l’écoutiez attentivement.

Lorsque c’est votre interlocuteur qui s’exprime, faites preuve d’écoute active, c’est-à-dire, laissez-le s’exprimer, ne l’interrompez pas, écoutez-le sincèrement, cherchez à comprendre ce qu’il veut dire, approfondissez ce qu’il vous partage pour véritablement saisir son point de vue : “Si je comprends bien, ce que tu me dis, c’est que tu es très fatigué en ce moment et que selon toi, cela impacte la qualité de ton travail”. Toutefois, s’il se montre agressif ou blessant dans ses propos, c’est le signe qu’il n’est pas disposé à échanger actuellement et qu’il vaut mieux reporter l’échange à un instant où il aura pris du recul. Si cela vous semble nécessaire, osez lui proposer de reporter la discussion à plus tard et changez de lieu si besoin. Selon son rapport avec la situation, la date de report pourra être plus ou moins éloignée. Gardez donc en tête que vous avez toujours cette possibilité de mettre en suspens l’échange.

Et si votre interlocuteur s’exprime calmement, mais que vous n’êtes pas d’accord avec sa version des faits, vous pouvez et devez même le lui dire, au risque que vous ne soyez frustré, que les solutions établies par la suite ne vous conviennent pas et que la situation ne change pas.

Ce partage mutuel de sentiments est essentiel dans cette phase du DESC, car il peut faire basculer une conversation, au départ factuelle vers une relation de confiance.

Exemples d'application :

  1. Un collègue en retard : “Lorsque tu arrives en retard, cela me contraint à modifier mon planning et m’amène à devoir décaler mes tâches, me mettant alors dans une position inconfortable. D’autant plus que j’attache beaucoup d’importance à nos réunions, car elles orientent mon travail pour la journée.” Cette formulation permet d'exprimer l'impact du retard de votre collègue sur votre travail sans le blâmer directement. Elle met l'accent sur vos sentiments et besoins professionnels, et encourage une prise de conscience sans confrontation.

  2. Un bilan sur ses missions de l'année : “J'ai pris beaucoup de plaisir à préparer et animer les formations pour les nouveaux arrivants. L'interaction avec eux et leur progression me rendent heureux, surtout quand ils me remercient. Toutefois, il est vrai que la partie logistique est moins épanouissante pour moi.” Ici, vous partagez votre enthousiasme pour certaines parties de votre travail tout en exprimant vos réserves concernant d'autres aspects. Il y a un équilibre entre les points positifs et négatifs, ce qui facilite une discussion constructive sur votre rôle.

  3. Un conflit entre deux collègues : “Je suis embêtée par votre dispute, car elle semble affecter le moral de l’équipe et perturber l’atteinte des objectifs. J'ai l'impression que cela crée des tensions inutiles au sein du groupe.” Cette approche vise à exprimer votre inquiétude quant aux effets de l’absence de communication entre les deux salariés. En mettant en avant les conséquences plutôt que les torts, vous ouvrez la voie à une résolution du conflit centrée sur le bien-être de l'équipe.

  4. Un souhait de regarder un match le soir de la Saint-Valentin : "J'aimerais vraiment regarder le match demain soir, car c'est un événement important pour moi. Mais je suis conscient que c’est la Saint-Valentin et tiens à ce que nous passions aussi du temps ensemble. Avais-tu déjà des plans pour cette soirée ?" Vous exprimez ici votre désir personnel tout en reconnaissant l'importance de la Saint-Valentin pour votre partenaire. En montrant que vous valorisez également vos moments ensemble, vous équilibrez vos besoins avec ceux de votre partenaire, ouvrant la voie à un compromis.

Suggestion de solutions

Vient ensuite la troisième étape où vous et votre interlocuteur, vous montrez coopératifs, proposez et considérez des solutions qui répondent aux besoins de chacun. Il existe différentes manières d'aborder cette phase. Vous pouvez soit : 1- présenter vos solutions, 2- ne pas en avoir identifiées et vouloir utiliser ce moment-ci pour co-construire avec l’autre des alternatives, 3- préférer écouter les suggestions de votre interlocuteur avant de proposer les vôtres, 4- inviter l’autre à suggérer lui-même des solutions, tout en veillant à ce qu’il ne se sente démuni s’il n’a pas d’idées.

Lorsque vous présentez des solutions, cela vous permet de guider les propositions. Cependant, cette approche peut orienter inconsciemment la conversation, c’est l'ancrage. Si, à l'inverse, c'est votre interlocuteur qui suggère des solutions, son implication pourrait être forte. Il sera plus enclin à s'engager dans ce qu'il a lui-même choisi, plutôt que dans ce que vous lui avez conseillé. Cela peut mener à des résultats surprenants, avec votre interlocuteur offrant des conseils et des idées plus innovantes et pertinentes que celles auxquelles vous aviez pensé. Néanmoins, il se peut aussi que les solutions proposées par votre interlocuteur soient trop simplistes ou inadaptées. Dans ce cas, l’échange permettra d’attaquer le sujet dès maintenant.

Durant cette réflexion collective, veillez à retirer le “oui… mais” de votre langage et à préférer le “oui…et”. En effet, le “oui… mais” pourrait freiner l'échange et concentrer l’intérêt sur les aspects négatifs. Inconsciemment, votre interlocuteur pourrait être soumis au biais de négativité, cette tendance naturelle à retenir davantage les nouvelles négatives que positives. Il risque ainsi de ne retenir que la deuxième partie, celle débutant par le “mais”. Avec le “oui et…”, qui envoie un message d’acceptation et de collaboration, vous montrez que vous validez l’idée de l’autre, tout en y apportant une contribution constructive : “Oui, ta proposition est intéressante et si nous la partagions à Mathilde qui a plus d’expérience sur le sujet et dont l’avis pourrait nous être grandement utile.”

Exemples d'application :

  1. Un collègue en retard : “Pour répondre à ce que tu viens de partager, que dirais-tu, si le reste de l’équipe est d’accord évidemment, de planifier nos rendez-vous à partir de 10h ? Tu penses que cela pourrait t'aider à être ponctuel ? Nous pourrions évaluer l'amélioration de la situation dans un mois.” En ajustant l’horaire de vos réunions, vous arrangerez potentiellement votre collègue et ne serez pas pénalisé dans votre agenda. Vous montrerez aussi votre volonté de trouver une solution pragmatique et flexible.

  2. Un bilan sur ses missions de l'année : “J'ai envisagé de travailler en binôme avec quelqu'un de l’équipe RH pour la logistique. Qu'en penses-tu ? Ton point de vue est important pour moi, car je sais que tu as une vision plus globale.” Ici, vous proposez une solution concrète pour alléger votre charge de travail logistique tout en sollicitant l'avis de votre interlocuteur, dont l’expertise pourrait apporter. En le prenant à part, vous favorisez un sentiment de collaboration et une prise en compte des opinions de chacun.

  3. Un conflit entre deux collègues : “Comment envisages-tu de restaurer une bonne entente avec Georges ? Tu sais, je suis disponible pour discuter et t’aider à trouver les meilleures solutions.” Cette approche incite votre interlocuteur à réfléchir à des solutions qui pourraient lui convenir, et a pour effet de le rassurer car il sait qu’il pourra compter sur votre soutien.

  4. Un souhait de regarder un match le soir de la Saint-Valentin : "Je comprends ton envie de passer la soirée ensemble. Que dirais-tu de préparer un dîner spécial chez nous ? Tu choisis le plat, je m'occupe des courses et de notre dessert préféré. Et après le dîner, nous pourrions regarder le match ensemble, ou bien tu peux faire ce qui te plaît pendant ce temps." En offrant une soirée romantique suivie de la possibilité de regarder le match, vous proposez un équilibre entre vos désirs et ceux de votre compagne, et laissez la liberté à votre partenaire de choisir comment il envisage la soirée.

Conclusion

La dernière étape du DESC, la phase “Conclure”, consiste d’une part à récapituler avec clarté l’ensemble de la discussion (du D au C). C’est en quelque sorte un “contrat” durant lequel le collaborateur s’engage à l’oral des actions qu’il va mener. D’autre part, il s’agit de remercier son interlocuteur (pour son temps, son ouverture d’esprit, ses engagements pris) et ainsi remettre la relation personnelle au centre de la discussion.

Exemples d'application :

  1. Un collègue en retard : “Je vais consulter l'équipe pour décaler nos réunions à 10h. Si l'accord est général, nous adopterons ce nouvel horaire, ce qui sera plus facile pour toi d’arriver à temps et facilitera mon organisation. Je suis sincèrement content que nous ayons eu cet échange et réfléchi à une solution commune.” Cette conclusion montre une approche proactive et collaborative pour résoudre le problème de ponctualité, et souligne l'importance de la communication et de l'adaptation mutuelle pour le bien-être de l'équipe.

  2. Un bilan sur ses missions de l'année : “Merci de m’avoir écouté et d’avoir pris en compte mon besoin. J’aime toujours partager ce que je sais aux nouveaux collaborateurs et j’ai hâte de pouvoir continuer à le faire, surtout que je pourrais être accompagné sur la partie logistique. J’ai bien noté que nous ferions un point à mon prochain entretien de mi-année.” En exprimant votre gratitude et votre enthousiasme sur l’avenir, vous permettez de conclure sur une note très positive.

  3. Un conflit entre deux collègues : “En tout cas, j’apprécie ton initiative de discuter demain avec Georges, cela témoigne de ta volonté de résoudre ce différend. Tu m’informeras des résultats de vos échanges. Sache que je reste à ta disposition pour toute aide. Je tiens à ce qu’il y ait une ambiance sereine dans l'équipe et je sais que tu partages également cet avis. On verra dans une semaine si les choses ont changé en mieux.” Ici, vous mettez en avant l'importance de la résolution de conflit par le dialogue direct, et réitérez le fait que vous restez disponible pour aider votre collègue, démontrant un engagement envers la cohésion d'équipe et le bien-être collectif.

  4. Un souhait de regarder un match le soir de la Saint-Valentin : "Alors, c'est décidé : demain soir, je prépare le dîner avec les ingrédients de ton choix, et à 21h, le match commence. Ta présence serait un plaisir, mais je respecte ton choix. Merci d'avoir compris l'importance de ce match pour moi”. Les intérêts personnels de chacun sont pris en compte.

Les bienfaits du DESC dans ses relations avec son entourage

Une connexion renforcée avec l’autre

Réfléchissez à un moment où vous êtes revenu sur une situation passée avec une personne chère : votre conjoint, un(e) ami(e), un frère ou une sœur par exemple. Rappelez-vous d'une situation où le simple fait de lui avoir partagé honnêtement vos sentiments a débloqué une situation stagnante, vous a apporté un immense soulagement, vous a permis de vous faire comprendre et de mieux saisir les réactions de votre proche. Ces moments, où vous étiez vulnérable, sont parfois devenus des tournants décisifs et marquants dans votre relation avec eux, des passages où vos liens se sont encore plus renforcés parce que vous vous étiez entendus sur les faits, vous vous étiez compris, vous aviez défini des mesures positives pour l’un et pour l’autre.

En vous exprimant ouvertement à une personne de votre entourage personnelle ou professionnelle, sur vos sentiments, vous vous dévoilez. Dans certains cas, cela peut susciter l’empathie de votre interlocuteur et l’amener à modifier son comportement envers vous. Il ne faut pas avoir peur d’être sincère envers l’autre, car cela peut éveiller chez lui une réceptivité inattendue. S’il n’est pas habitué à une telle sincérité, que vous avez réussi le défi de lui dire les choses sans lui reprocher quoi que ce soit, il pourra être touché par votre action. Le sujet de la discussion, qui partait initialement sur un désaccord peut être l’opportunité de créer ou renforcer une relation solide.

Des tensions effacées

Le DESC a également l’avantage de désamorcer les tensions, lorsqu’il y en a. Parce qu’il intervient avant que les conflits ne se créent, il est plus facile de lever les malentendus, les non-dits qui peuvent envenimer les situations. La définition à deux de solutions pragmatiques et bénéfiques, permet de favoriser un environnement plus serein et collaboratif.

Des engagements concrets

Enfin, avec la conclusion de la conversation sur des solutions claires et concrètes, la méthode DESC assure que les accords ne restent pas au niveau des intentions, mais se traduisent par des actions tangibles et mesurables.

Tout DESC se clôt par des engagements concrets pris. Mais si ce n’est pas le cas, c’est que les deux parties ont manqué une partie importante et ne sont pas allés au bout de dialogue. Ce sont les engagements pris qui permettront que la situation évoquée en première partie du DESC (étape 1, le D) ne se reproduise plus.

Un besoin de revenir sur un fait passé ? Une annonce à faire ? Une opinion délicate à partager ? Dépassez votre peur de déclencher un conflit et adoptez la méthode DESC. Cet outil de communication est adapté tant aux sphères professionnelles que personnelles. Pour optimiser son efficacité, il est préférable en amont de préparer le terrain : affinez ainsi vos arguments en les adaptant à votre interlocuteur, choisissez un cadre calme et privé, assurez-vous que votre interlocuteur soit réceptif et serein auquel cas, reportez l’échange. Une fois ces conditions réunies, le processus DESC peut s'initier avec tout d’abord une description précise et objective des faits, posant une base incontestable pour la discussion. Si nécessaire, invitez un tiers pour éclaircir la situation ou, si l'accord ne se fait pas, envisagez de reporter la conversation. Lors de l'étape qui suit, vous pouvez exprimer vos émotions avec sincérité, tout en veillant à choisir judicieusement vos mots pour éviter tout reproche ou blessure. Ce moment d'authenticité peut, dans certaines circonstances, profondément toucher votre interlocuteur et consolider les liens avec lui. À vous ensuite de chercher à savoir ce qu’il pense de cette situation et de l’écouter avec attention. Le DESC se poursuit avec la réflexion des solutions. L'approche peut varier : soit vous initiez une proposition, soit vous invitez l'autre à s'exprimer en premier, soit encore vous collaborez pour co-construire ensemble les options, soit vous demandez à l’autre de réfléchir à des pistes. L'essentiel en fait, est de parvenir à un consensus, où chaque partie se reconnaît dans les actions à entreprendre et se sent motivée par leur mise en œuvre. La conversation se clôt enfin par une reformulation des étapes précédentes et un remerciement du temps consacré et des engagements pris. Bien appliquée, la méthode DESC peut considérablement renforcer les relations que vous entretenez avec votre entourage. Alors, convaincu(e) ? Prêt(e) à tester le modèle DESC prochainement ? En l’appliquant régulièrement, vous serez plus à l’aise lors de débrief de situations passées et pourrez plus naturellement orienter vos dialogues vers des échanges constructifs. Et si vous souhaitez utiliser une autre méthode pour favoriser des débats constructifs, vous pourriez tester l'Abaque de Régnier.

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